Le lundi, c’est un jour particulier. C’est le jour où je rencontre l’entraineur ou les joueurs de l’équipe que je vais mettre en lumière dans l’article du site du club… Tout un programme … quand on sait quelles questions poser… Cette semaine, ce sont les U15-1 dont il est question…
Ou comment interviewer un entraineur quand son équipe gagne de plus de 100 points et qu’il refuse de s’enflammer.
Moi : Bonjour coach. Merci de me recevoir après cette nouvelle victoire… Une victoire de… plus de 100 points.
Manu (c’est le coach… au cas où cela vous aurait échappé) : Oui.
Moi : Alors… qu’est-ce que tu retiens de cette prestation ?
Silence. Elle va être longue cette interview…
Je regarde mon carnet. J’avais préparé cette question. Je la trouvais même plutôt bonne hier soir en sirotant mon verre. Mais à cet instant précis, je réalise que je viens peut-être de demander à un entraîneur ce qu’il retient d’un match gagné de plus de 100 points.
Manu me répond et sa réponse est bien moins spectaculaire que le score. Elle tient en 3 mots : l’attitude, la concentration et le jeu collectif. Car c’est peut-être là que se trouve le véritable défi de ces U15 : réussir à rester exigeants quand le scénario du match semble écrit avant même le coup d’envoi.
Moi : D’accord. Mais tout de même… qu’est-ce qui explique que cette équipe prenne aussi rapidement le dessus sur ses adversaires ?
Je m’attends à entendre parler de talent, de collectif, de préparation, de rythme…
Manu (et son flegme légendaire) : « Malheureusement, c’est le hasard. »
Je repose lentement son stylo. Le hasard ? Non mais sérieux … Je ne l’avais pas vu venir celle-là !
L’équipe se retrouve actuellement dans une poule de brassage qu’elle survole, malgré elle. Et si les résultats laissent peu de place au suspense, cette situation pose justement une vraie question : comment mesurer son niveau quand on n’a pas encore été réellement mis en difficulté ?
L’objectif est bien de décrocher une qualification pour le niveau Régional 3. Mais le chemin pour y parvenir n’a, jusqu’ici, pas offert l’adversité espérée.
Et paradoxalement, c’est peut-être le principal sujet de préoccupation du staff.
Moi : Bon. Parlons alors de votre identité de jeu. On peut dire que tu as une équipe plutôt… dynamique ?
Je me félicite intérieurement. Une question neutre, presque professionnelle. Sans risque.
J’apprends alors que cette dynamique n’a rien d’un hasard.
Depuis les U11, puis les U13 et désormais les U15, le club travaille autour d’une même idée : jouer vite, relancer, courir, être constamment en mouvement.
L’année dernière déjà, l’équipe affichait la meilleure attaque de sa poule de brassage, malgré une troisième place au classement.
Cette saison, cette philosophie est toujours là : défendre, récupérer, relancer… puis courir encore. Et surtout, ne pas s’arrêter.
Moi : Même quand le match est déjà plié ?
Manu : Oui.
Je commence à comprendre. Quand l’écart se creuse très vite, le danger n’est finalement pas de perdre le match. Le danger, c’est de perdre le fil du match. Faire moins d’efforts. Se déconcentrer. Jouer chacun dans son coin. Vouloir faire compliqué. Oublier les fondamentaux.
Alors le staff répète. Encore. Et encore.
Prendre les rebonds. Faire des passes. Jouer vers l’avant. Gagner les paniers faciles. Relancer. Relancer. Relancer.
Les changements se multiplient, les consignes aussi. Il faut maintenir tout le monde concerné et continuer à jouer « en fonction du match, en fonction de l’adversaire ».
Autrement dit : gagner largement, oui. Mais jouer juste jusqu’au bout, surtout.
Je regarde une nouvelle fois mon carnet. Il me reste une dernière question. Une question classique. Celle que tout « pseudo » journaliste sportif pose après une victoire.
Moi : Avec de tels résultats, quel est aujourd’hui votre principal axe de progression ?
Cette fois, j’en suis certaine, je pense tenir mon moment.
L’entraîneur réfléchit.
Manu : « C’est un peu l’inconnu. »
Plus de 150 points inscrits sur les deux premiers matchs. Une défense qui n’a pas réellement été mise en difficulté. Une qualification qui semble se dessiner.
Et malgré tout, Manu… c’est ça que tu me réponds ???
Manu : « Oui, c’est l’inconnu… Rendez-vous en R3 ! »
Parce que, finalement, c’est là que cette équipe commencera réellement à savoir où elle en est.
Les larges victoires du début de saison racontent quelque chose : le groupe possède une identité, des automatismes, une vraie capacité à jouer vite et ensemble.
Mais elles ne racontent pas encore tout.
La R3, elle, devrait apporter ce qui manque pour l’instant : l’adversité.
Des matchs plus serrés. Des situations inconfortables. Des moments où il faudra trouver des solutions plutôt que simplement appliquer.
Et c’est précisément ce que le staff attend.
Pas seulement une équipe qui gagne.
Une équipe qui devient progressivement autonome, confiante et capable de se faire confiance.
Je range finalement mon carnet.
J’avais commencé cette rencontre avec un problème : comment parler d’une équipe qui gagne ses matchs avec des écarts pareils sans tomber dans l’autosatisfaction ? Je repars avec une réponse.
Ces U15 ne semblent pas chercher à savoir combien ils vont gagner.
Ils cherchent surtout à savoir comment ils vont jouer.
Et derrière les paniers, les courses et les larges victoires, le projet est peut-être encore plus simple : construire un groupe qui prend plaisir à jouer ensemble, qui se fait confiance et qui sait qu’il peut compter sur les autres.
Joueurs, entraîneurs, parents : tout le monde fait partie de l’aventure.
Alors oui, pour l’instant, les matchs de brassage ressemblent parfois davantage à des formalités qu’à de véritables tests.
Mais la suite devrait être différente.
Bref, pour cette interview… je suis mal embarquée… Mais je connais déjà la question que je lui poserai la prochaine fois qu’il sera question des U15-1…
« Coach, alors… qu’est-ce que ça fait de jouer en R3 ? »



Cette fois, j’espère vraiment avoir besoin de mon carnet pour y noter quelque chose de « consistant » 😉
